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Cinéma Ramdam Tournai : « Detachment » de Tony Kaye

Publié par Rédacteur, le 21 janvier 2012

« Detachment » de Tony Kaye

« Un paysage d’émotions », selon Tony Kaye

Henry Barthes, jeune professeur au parcours de vie difficile, se retrouve à effectuer un remplacement durant 3 semaines dans un lycée difficile de New York.

Durant son passage dans cet établissement, il sera confronté à un climat de violence pesant au sein duquel, ses collègues n’ont pas d’autre choix d’admettre qu’il ne reçoivent aucune gratification pour leur travail. Le « burn out » chez la plupart d’entre eux se fait ressentir.

Force est de reconnaitre l’impuissance des enseignants face à cette jeunesse égarée subissant « l’holocauste commercial » de cette société de l’immédiateté. Les adolescents en quête d’identité sont en plein rapport de force vis-vis de l’autorité et sont dans l’avidité de la défiance. Un désinvestissement est présent parmi ces jeunes.

Le scénario pose le problème de l’éducation actuelle , de la responsabilité de cette éducation et de la difficulté pour les enseignants d’exercer leur travail face à une jeunesse en souffrance, en manque de repères et sans motivation apparente.

Différents thèmes sont balayés au travers d’un sujet de base traitant de l’éducation au cœur de l’enseignement. Un film qui se tourne cette fois d’avantage sur le point de vue des enseignants et de leur vécu au quotidien.

« Chacun baigne dans un océan de souffrances »

Du point de vue de Nathanaëlle :

Henry Barthes, lui-même emprunt à des « démons » personnels et d’une apparence froide et distante, va pourtant se consacrer à l’autre et finalement se pencher sur des destins différents l’amenant ainsi à s’attacher à plusieurs personnes : une jeune femme enseignante, une élève tourmentée, une toute jeune prostituée. Empathique, dévoué, il omet de s’occuper de lui-même et de sa propre souffrance, vérité issue d’une histoire douloureuse.

La fuite de nos propres problèmes n’est-elle pas qu’une simple parenthèse qui tôt ou tard fini par nous rattraper ? Le don de soi et les relations humaines vraies amènent inévitablement un attachement. Ne pas s’attacher, c’est ne pas prendre le risque de souffrir. Pour le personnage du film, c’est une protection personnelle qui vaut ce qu’elle vaut mais qui finit néanmoins par le rattraper. Le film en est la confidence tel un journal intime que le personnage nous livre au travers d’un entretien dont les séquences se succèderont.

L’histoire est jalonnée par des croquis animés illustrant l’évolution du scénario ainsi que par une musique poétique qui ponctue toute l’histoire suscitant d’autant plus les émotions qui s’imposent au spectateur.

Un film qui dérange dans le sens qu’il ne nous laisse pas indifférent au point que les diverses problématiques abordées résonnent inévitablement tant elles bousculent nos émotions et font écho.

Il est à souligner également la prestation très charismatique de l’acteur Adrien Brody qui excelle une fois de plus dans un rôle prenant et qui lui colle à la peau.

Tony Kaye a réussi sa mission d’aborder une problématique à caractère social de manière bouleversante. Conjuguant, d’une part, la difficulté pour les enseignants de travailler dans de telles conditions, face à des élèves démotivés, abimés et d’autre part, l’idée que chacun d’entre nous baigné de difficultés possède une âme et des capacités à exploiter.

Dans les deux cas de figure, l’important est d’aller au plus profond du ressenti de chacun.

Un film fort, réaliste, rigoureusement mené d’une main de maître, à voir et à revoir et surtout à recommander.

Du point de vue de Stellina:

Henry Barthes, grâce à une personnalité et une méthodologie à part entière, va approcher les jeunes de sa classe dans la confrontation et non dans l’affrontement. Il coexistera avec eux avec beaucoup de patience, de rigueur, de lâché prise et d’un minimum de respect.

Néanmoins, il est difficile pour ce jeune professeur de ne pas avoir des flashbacks déstabilisants de son enfance où la douleur est à chaque fois présente. Des moments de colère pulsionnelle et de rage impuissante l’envahissent malgré lui…

La vie d’Henry est vouée à « sauver » celle des autres. En aidant les gens qui l’entoure, se pardonne-t-il peut-être le suicide de sa propre mère abusée? Henry fuit dans un univers singulier qui lui est propre et il y a très peu de lecture possible par l’extérieur. Il est dans le reflet de ses actions et en fait le sacrifice de lui-même. Se dit-il peut-être que, « qui sauve une vie, sauve l’humanité »…

Néanmoins, il semblerait parfois, qu’une rencontre hasardeuse, suffit à redonner le goût de vivre et l’espoir d’un avenir meilleur.

Adrien Brody fait preuve d’un grand investissement dans son rôle. On se surprend parfois à oublier qu’il s’agit d’une fiction tant son personnage est au plus proche du réel.

Tony Kaye signe ici un chef d’oeuvre dans lequel il nous fait part d’une réalité actuelle. Comment amener les jeunes à se réinvestir dans leur scolarité face à une telle crise économique ?

Le réalisateur nous montre qu’en acceptant la nécessité du conflit, l’adolescent arrivera à se construire.

Nathanaëlle Bouquegneau et Stellina Huvenne