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Cinéma Ramdam Tournai : Sleeping beauty, La belle au bois dormant revisitée par Julia Leigh

Publié par Rédacteur, le 18 janvier 2012

Le lancement de la 2ème édition du festival Ramdam s’est donc ouvert ce 17 janvier 2012 avec la diffusion du film « Sleeping Beauty ». Julia Leigh, la réalisatrice du film, nous a fait l’honneur de sa présence tout droit venue d’Australie. Premier film pour cette réalisatrice, Julia Leigh a voulu aborder un sujet de société avec une interprétation qui lui est propre.

Elle dit avoir une source d’idées assez mystérieuse et pas toujours rationnelle. Julia Leigh dit avoir été inspirée par un rêve qu’elle faisait après l’écriture de son premier roman « Le Chasseur ».

Lucy, jeune et belle étudiante universitaire ne peut compter que sur elle-même. C’est pourquoi elle multiplie les petits jobs pour subvenir à ses besoins : serveuse, cobaye médicale, travail de bureau. Ayant un réseau familial limité et peu sécurisant, elle se retrouve à devoir assumer seule son quotidien.

Rien ne semble la toucher émotionnellement. Elle se met en danger et cumule les histoires sans lendemain. A la recherche de sensations, elle ne rechigne pas devant une ligne de coke et se retrouve dans des situations peu loquaces. Lucy oscille entre vivre et s’autodétruire. Elle apparaît durant le film comme très seule, présentant peu d’émotion, excepté dans sa relation avec son ami qu’elle laissera s’en aller vers la mort.

Contrainte de trouver de l’argent pour payer ses dettes de loyer, elle répond à une annonce dans le journal. Elle accepte un job qui l’amènera, dans un premier temps, à servir dénudée lors de repas privés pour ensuite prendre des soporifiques.  La voilà mise à disposition de parfaits étrangers, des hommes âgés qui se laissent aller à leurs fantasmes débridés sur la belle endormie à la peau laiteuse. La maîtresse de maison établissant des règles strictes telles que « ton vagin sera un temple, il  n’y aura aucune pénétration ».

Durant la projection du film, il est difficile d’avoir un regard jugeant sur ces hommes qui paient afin d’assouvir leurs fantasmes avec une jeune « vierge » tant la maitresse de maison a une position bienveillante. On se surprend même à devenir empathique avec certains d’entre eux qui se livrent sans retenue.

Emily Browning, qui incarne Lucy, semble dans son rôle vouloir conserver une certaine pureté. Les nuits qu’elle passe avec ces hommes ne sont peut-être pas réelles étant donné qu’elle est endormie. Elle peut donc se déculpabiliser  de mettre à disposition son corps  et décide de ne pas en prendre pleinement conscience. Rêve ou réalité ? le choix en incombe à Lucy. Néanmoins, elle cherche à avoir une trace de ces rencontres non vécues. Le réveil lui sera peut être fatal.

Film complexe qui ne se veut pas divertissant. La réalisatrice veut susciter en chaque spectateur des émotions, des réactions et des interrogations. La projection s’est soldée par un échange avec Julia Leigh qui est cependant restée discrète sur sa manière de voir les choses. Il est à comprendre peut être sa volonté de laisser à chacun la possibilité d’interpréter le film personnellement selon ses propres valeurs et son imaginaire afin justement de laisser une porte ouverte sur le débat.

On peut se demander si Lucy, La belle au bois dormant, se réveillera-t-elle enfin ? Trouvera-t-elle, en elle, la force de s’accorder une vie meilleure ?  Le cri final est-il synonyme d’une prise de conscience, d’une certaine réalité ?

Un film étrange, un film qui dérange, un film aux antipodes du conte de fée de Disney mais qui revêt malgré tout une certaine élégance dans la manière d’aborder ce sujet mystérieux.

L’œuvre de Julia Leigh est rehaussée par la qualité d’interprétation dont fait preuve l’actrice australienne Emily Jane Browning.

Il est évident que ce film à l’ambiance glaciale ne laisse personne indifférent. Certains semblent l’avoir apprécié, d’autres pas. La thématique est mystérieuse, compréhension et incompréhension se mêlent sur le sujet de la marchandisation du corps.

Dommage que la réalisatrice n’ait pas creusé d’avantage les ressentis et les émotions de la jeune Lucy.  Mais ce qui est certain c’est qu’elle a su rendre son œuvre dérangeante.

Stellina Huvenne et Nathanaëlle Bouquegneau