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Cinéma Retreat et Iron Sky pour un samedi assez riche au Bifff

Publié par Matthieu Matthys, le 17 avril 2012

Retreat, un film techniquement bien travaillé mais au scénario trop brouillon

Ce film était, pour nous, une découverte. Et pour cause, cette production britannique était lancée en direct-to-dvd chez nous au mois de janvier dernier. Une situation intrigante car, même si le réalisateur Carl Tibbetts est un néophyte, on ne peut pas en dire autant de Jamie Bell («Jumper»), Thandie Newton («2012») ou encore Cillian Murphy («Inception»).

Direction le Pays de Galles et ses côtes éparpillées en de petits îlots inhabités. C’est l’un de ces micro-archipels qu’ont choisi Martin (Cillian Murphy) et Kate (Thandie Newton) pour s’isoler de la civilisation et pouvoir, peut-être, renouer avec la joie d’être à deux et retrouver tous les plaisirs qui semblent avoir déserté leur couple. Seuls face à eux-mêmes, il ne leur reste qu’une seule chose pour joindre le continent : une radio CB.

Alors que les jours s’écoulent, sans amélioration dans leur vie conjugale, nos deux protagonistes vont recueillir un jeune soldat égaré, Jack (Jamie Bell). L’homme est blessé au visage et semble mal en point. Dès qu’il se réveille, il prétend avoir pour mission de sécuriser l’île contre une grippe pandémique mortelle.

Techniquement parlant, ce film est un travail soigné, digne d’intérêt. Les plans larges et rapprochés se suivent de manière intelligente et les moments plus intenses sont bien filmés, ce qui contribue à installer l’angoisse dans l’esprit du spectateur. Mais voilà, le scénario ne semble pas avoir suivi la même ligne de conduite. En voulant semer le doute et la peur, Carl Tibbetts a raté le coche. Le réalisateur, mais également co-scénariste, a mal calibré le tir en ballotant ses personnages d’une émotion à l’autre sans réel retournement de situation. Dès lors, il obligea ses acteurs à passer de la compassion à la colère en passant par la peur, le tout dans une seule et même scène. Cet imbroglio émotionnel est désagréable à suivre, car on a tendance à imaginer nos trois protagonistes comme des simples d’esprit, voire comme des schizophrènes échappés d’un asile. Cela décrédibilise l’histoire.

Bref, ce huis-clos n’est pas des plus convaincant mais possède certains atouts secondaires intéressants comme la recherche inextricable du fin mot de l’histoire et à qui faire confiance.

Iron Sky, un hommage à Mel Brooks

Lorsque l’on se rend au Bifff, on s’attend à voir des films d’horreur, des films fantastiques, des thrillers mais aussi des films déjantés. Ces inclassables du cinéma, le festival en a fait un rendez-vous incontournable avec, cette année, la projection du film finlandais de Timo Vuorensola, Iron Sky. Ce film est un véritable ovni scénaristique nous renvoyant dans les années 80-90, période où les films parodiques faisaient fureur sans se sentir obligés d’agrémenter leurs dialogues de grossièretés ou de vulgarités inutiles. Mel Brooks était l’un des gourous du genre avec, entre autres, la parodie de Star Wars : La folle histoire de l’espace.

Ce dernier a certainement dû influencer le réalisateur finlandais pour son film qui, il faut bien l’avouer, s’installe dans la lignée directe du cinéma burlesque qui fait la part belle aux situations aussi cocasses que ridicules.

Samedi dernier, c’est face à une salle archi comble que fût présenté le film. Le pitch avait, semble-t-il, alléché les fans inconditionnels du festival. Après avoir fuit la Terre à la fin de la seconde guerre mondiale, les derniers nazis ont colonisé la face cachée de la lune et organisent leur retour imminent sur la planète bleue. Lors d’une expédition lunaire visant à promouvoir la candidature présidentielle de la présidente sortante, deux astronautes tombent nez à nez avec cette colonie inconnue jusque là.

Comme vous vous en doutez, ne cherchez pas dans cette production une quelconque morale ou une profondeur émotionnelle. Bien au contraire, il faut se laisser entrainer dans l’humour débridé que nous propose le long métrage. Outre ce second degré très agréable et bien amené, il faut souligner la qualité visuelle du film. En effet, malgré un budget serré (7.5 millions d’euros), les décors futuristes mais aussi les costumes ne sont pas passés en dernier plan. Même si certaines scènes sentent le bon marché, les situations grotesques les récupèrent habillement à leur compte. De fait, de nombreuses scènes volontairement mal travaillées servent à l’histoire.

Côté acteurs, le cinéaste finlandais a été rechercher quelques têtes que nous connaissions déjà. En premier lieu, l’acteur allemand Udo Kier nous revient dans cet opus après avoir travaillé avec le très discutable Uwe Boll sur Farcry. En tant que nouveau leader de ce Reich intergalactique, il signe une excellente prestation dans le seul rôle plus ou moins sérieux. Ensuite, il faut parler de la présence d’un autre germain au casting, Gotz Otto. Cet acteur de près de deux mètres est un habitué de grosses productions où il incarne fréquemment des rôles de soldat SS comme dans La Chute de Oliver Hirschbiegel. Balançant habillement entre la sériosité et la plaisanterie, il agrémente le film d’une qualité dramaturgique incontestable. Enfin, si une découverte fût faite, c’est bien celle de Christopher Kirby. L’afro-américain est doué et naturellement drôle. Sans lui, le film n’aurait pas eu toute sa saveur. Il est à revoir dans d’autres comédies.

En résumé, ce film n’est pas un chef d’œuvre mais possède l’atout incontestable de nous présenter une comédie hors des sentiers battus et totalement dénuée d’idéologie. Un pur moment de détente, à voir entre amis.

Matthieu Matthys