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Cinéma Shame de Steve McQueen

Publié par Rédacteur, le 26 janvier 2012

Réalisation : Steve McQueen

Avec : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale …

Le film aborde de manière très frontale la question d’une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa soeur Sissy arrive sans prévenir à New York et s’installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie.

Nous nous sommes laissés tenter par le dernier film de Steve McQueen, Shame. Il faut dire que l’affiche est croustillante et que ça nous donnerait presque envie d’aller faire un tour chez Ikea dans le but de trouver les mêmes draps. Mais pour le moment, voyons un peu ce qu’il va vous attendre.

D’abord, vous allez faire connaissance avec Michael Fassbender. Joli jeune homme au demeurant et réellement bien foutu. Les premières scènes peuvent en témoigner. Michael semble tout à fait à l’aise dans son costume d’Adam, et ce n’est pas pour déplaire. D’ailleurs, un petit coup de chapeau s’impose. Réussir à oublier un plateau de cinéma, alors qu’on a rien pour se cacher, montre la performance de l’acteur, surement aidé par une collaboration à toute épreuve avec le réalisateur Steve McQueen. Fassbender ne croule pas sous les répliques, on a le temps de voir le paysage et on prendrait bien quelques photos souvenirs.

Mais le film ne tient pas seulement grâce aux jolis muscles de Fassbender. L’ambiance est pesante, lourde, moite, comme certains rapports sexuels. Et comme pour tout acte, ici aussi, on se cherche, on se lance, on se tourne autour , on peut se rater ou bien se trouver. On partage une intimité, un moment privilégié. On se transforme en petite souris et on finit par devenir des gros voyeurs. Et le nec plus ultra, c’est qu’on nous laisse sous entendre, que de toute façon, il y aura pire que nous. En effet, ce film nous place dans une position d’observateur un peu salace. On ne regarde ni un film X, ni même un film érotique. Peut être plus un documentaire au final. On ne sent pas titillé, juste curieux. Curieux de savoir à quoi ressemble la vie d’un sex addict. Comment ça se passe au final ? Se trouver un rail de coke ou une bouteille d’alcool, ça peut sembler facile. Mais trouver quelqu’un avec qui coucher jour après jour, ça devient plus difficile.

C’est un film à questions. Questions que l’on se posent sur les personnages et les lieux, mais aussi sur tout un ensemble de schémas psychologiques. Brandon devient une sorte d’énigme. Quelque chose d’insaisissable. On ne le comprend pas, mais on ne demande que ça. Nous ne sommes pas encore prêts à passer à la casserole pour répondre à nos questions. Pourtant, on a envie d’aller plus loin, on se sent partagé la vie d’un drogué. Ca ne laisse pas indemne. Nous sommes bien sûr loin de la défonce d’un Trainspotting ou d’un Las Vegas Parano. On aborde la question de l’addiction sous un angle plus consensuel. On y retrouve de la retenue qui ,au final, sert le film. Trop de pénis partout ou trop de vagins au même endroit, ça deviendrait lassant. Shame est subtile avec un sujet qui pourrait tellement ne pas l’être.

Rappelons aussi que ce film a été primé et qu’il a reçu la coupe Volpi à la Mostra de Venise pour le meilleur interprète masculin. Il est également nominé 18 fois dans des jurys totalement différents mais souvent lié à l’interprétation de Fassbender. Il semblerait qu’il pourrait devenir un film incontournable de notre génération, ou en tout cas, une référence. En espérant qu’Ikea y voit une opportunité pour nous proposer des draps bleus.

Caroline Champion