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Littérature SOUID Sihem, La suspendue de la République

Publié par Matthieu Matthys, le 24 janvier 2012

En ce début d’année 2012, le livre de Sihem Souid, La suspendue de la république, revêt un intérêt tout particulier pour les amateurs de politique. En effet, l’année sera riche en rebondissements et en phrases lourdes de conséquences pour les candidats à la présidentielle française. Ce livre tombe à point nommé pour attirer l’attention de l’opinion publique sur le thème aussi sensible que tabou de la xénophobie et du sexisme dans les institutions étatiques françaises.

Pour bien comprendre l’enjeu de ce deuxième livre, il est important de faire un rappel historique. Sihem Souid est une jeune femme d’origine tunisienne travaillant pour le ministère de l’intérieur français. Après avoir travaillé pour la Police aux frontières comme adjointe à la sécurité, elle entre à la préfecture de police de Paris comme agent administratif. Insérée dans la vie quotidienne des fonctionnaires de police et autres représentants de la loi, elle constate des formes d’homophobie, de sexisme et de xénophobie au sein même de l’institution. Ne semblant pas en mesure d’affronter seule ces différentes injustices, elle décide de révéler aux citoyens les actes graves via un livre, Omerta dans la police, qui sera vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires.

Mais voilà, ce qu’elle pensait être un acte de citoyenneté est devenu très rapidement le centre d’intérêt de la presse francophone. Ce déballement médiatique, la Police Nationale ne l’a pas apprécié et a publiquement suspendu la trentenaire pour dix-huit mois, dont six avec sursis, avec pour motif, le manquement au devoir de réserve.

C’est justement cet épisode que nous explique en détail Sihem Souid dans son nouveau livre, La suspendue de la république. Ouvrir un bouquin politique, car il s’agit bien de cela, n’est pas une mince affaire. En effet, il est très rare de n’avoir aucune opinion sur les propos ou sur les actes de l’auteur. Mais ici, aux premières lignes, Sihem nous évite ce malaise en nous dévoilant des généralités étayées de témoignages multiples et d’expériences de vie.

Notre jeune écrivaine a choisi l’incompréhension et la rédemption en lieu et place de la colère et de l’hégémonie. Un choix un peu surprenant mais au final totalement en phase avec la réalité quotidienne de cette mère. C’est avec un profond désarroi et un sentiment d’injustice immense qu’elle nous livre la galère dans laquelle elle s’est elle-même embourbée. Des menaces de mort au mépris d’une classe politique ayant d’autres chats à fouetter, elle parait éperdument seule. Au fur et à mesure que se tournent les pages, son récit narratif, ou plutôt exclamatif, semble être un cri de douleur. Pour se rassurer, elle nous livre des messages qui lui sont parvenus mais aussi des marques de soutien qui furent bien utiles afin de continuer son combat contre la partialité.

Sihem s’était autrefois opposée à un système dont elle estimait, chaque jour, toute l’injustice. Ce courage hors normes l’a, malgré elle, propulsée dans un rôle de leader pour une partie de la population. Maintenant qu’elle y est, il est impératif qu’elle ait les épaules assez larges pour pouvoir faire face aux défis politiques qu’elle devra affronter à l’avenir. Dans cet ouvrage, Sihem regrette cette police qu’elle aime tant et veut tout simplement que les auteurs d’actes délictueux soient sévèrement sanctionnés. Mais la simplicité n’est pas dans le vocabulaire d’une société hiérarchisée comme la nôtre. En allant à l’affrontement frontal face à des organisations peu scrupuleuses, la suite de l’histoire était toute tracée. Il aurait fallu, et ce n’est pas encore trop tard, mettre en cause l’institution et non l’individu, en mettant de côté cette fascination incompréhensible pour une police qui lui crache au visage.

Au bilan, le combat de Sihem Souid nous touche tous et ce nouveau récit de vie ne fait que renforcer notre indignation face à l’impunité de certains. Cette impunité que Sihem dénonce à tort et à cris. Ce livre ne nous donne pas de nouveaux éléments matériels mais nous situe dans le coeur de cette femme certainement sensible et pleine d’idéaux. Un opuscule à lire en ces temps de colère sociale face aux dérives sécuritaires et à l’inégalité.

La suspendue de la république, Sihem Souid, Editions Le cherche-midi, 2012, 197 p. , 17 €

Matthieu Matthys