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Cinéma « Sur la route », un road movie tant attendu qui ne déçoit pas

Publié par Matthieu Matthys, le 29 mai 2012

Sur la Route de Walter Salles

Genre : drame, aventure

Avec Kristen Stewart, Garrett Hedlund, Sam Riley, Amy Adams, Tom Sturridge, Kirsten Dunst, Viggo Mortensen

Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

De nos jours, les jeunes gens ne connaissent plus « On the road » de Jack Kerouac. Cette autobiographie romancée de la vie de l’auteur fût pourtant l’un des livres de chevet d’une génération d’après-guerre en mal de sensation et d’identité. Cette jeunesse oubliée et délaissée a suivi l’évolution d’un courant littéraire très spécifique : la Beat Generation.

Ce terme vous parle certainement beaucoup plus, c’est normal. La Beat Generation, c’est l’apparition des beatnik. Ce mouvement, au départ littéraire, prônait une idéologie libertaire où l’homosexualité et la liberté sexuelle trouvaient leurs places. Dans une Amérique puritaine, ces déviances malsaines et dépravées firent scandale. Malgré les différents procès dont ils furent accablés, John Kerouac, Allen Ginsberg et William Burroughs continuèrent de propager ce nouveau mode de vie qui séduira par après de nombreux autres mouvements sociaux comme les hippies.

Le roman « On the road », écrit en un seul jet sans ponctuation ni phrase, est certainement l’un des plus marquants de la littérature du genre. En effet, on y retrouve toutes les caractéristiques de la façon de penser des adeptes du Beat : des jeunes gens parcourant les Etats-Unis d’Est en Ouest, du Nord au Sud, à la recherche de la liberté, des grands espaces, de la nature, de la culture underground et de la vie.

Le réalisateur brésilien Walter Salles a compris cette idéologie et la magie qu’elle pouvait exercer sur la jeune génération de l’époque. En adaptant le roman à l’écran, il redonne vie à un mythe américain et ouvre une fenêtre sur la jeunesse d’autrefois et sur l’histoire d’une culture quelque peu oubliée.

Bien entendu, cette histoire nous livre les délires et les pensées profondes d’une bande de potes mais nous montre aussi l’envers du décor, le revers de la médaille. De fait, la drogue, le sexe et l’alcool font intégralement partie de leur périple. Ce cocktail explosif alliant la soif de liberté et les excès entraine irrémédiablement des séquelles dont Walter Salles nous montre lentement les effets.

Le film est long et semble quelques fois tirer sur la corde en multipliant les silences et les plans fixes. Mais dans l’ensemble, le scénario tient la route et suit son cours de manière à nous faire réfléchir, à nous imposer d’avoir notre avis et critiquer, de manière positive ou négative, le comportement des protagonistes.

Walter Salles a réussi son pari en ne tombant pas dans la facilité. Aucun stéréotype ne vient brouiller le jugement du spectateur. Au contraire, le scénario nous dévoile des tranches de vie qui s’entremêlent sans y apposer un jugement ou une quelconque remise en question.

« Sur la route » est un film brut, comme une toile de maître à moitié terminée. Telles des œuvres inachevées, les chemins des personnages ne se définissent pas. Comme eux, l’histoire n’a pas de limites et ne répond pas aux questions. À travers leurs regards, on imagine, on crée et on construit notre approche du phénomène.

Pour incarner ces personnages tous aussi charismatiques les uns que les autres, la production n’a pas hésité à mélanger les acteurs connus et les moins connus. Si il serait long de parler de la prestation de chacun d’entre eux, il est judicieux de souligner la qualité dramaturgique collective dont ils ont fait preuve. En outre, les deux acteurs principaux que sont Sam Riley et Garrett Hedlund sortent incontestablement du lot. Le premier était quasiment inconnu du grand public mis à part quelques films dont le dernier en date, 13, était un synonyme de la médiocrité cinématographique. Cela est donc d’autant plus surprenant de voir l’acteur se voir offrir l’un des rôles clés du film en incarnant Sal Paradise alias Jack Kerouac lui-même. L’acteur britannique est tout bonnement impressionnant dans sa manière de retranscrire à l’écran les émotions de cet écrivain aussi effrayé que fasciné par le personnage de Dean Moriarty. Il est d’une justesse remarquable malgré son accent québécois complètement raté. Pour lui servir de partenaire, Garrett Hedlund était le choix idéal. Doté d’un charisme hors du commun, l’acteur américain est en osmose totale avec son personnage dont les mystérieuses pensées et la versatilité sont autant de ressources inépuisables pour un comédien. L’homme mérite à lui seul une distinction. Parlons enfin de Kristen Stewart qu’on attendait au tournant suite à la consécration de Twilight. La jeune californienne est certes bien meilleure actrice que son amour de vampire Robert Pattinson mais elle souffre néanmoins d’une incapacité à transparaitre sur le plateau. Elle n’arrive pas à nous émouvoir ni à nous intéresser de plus près à son personnage. Cependant, cet effacement est utile à l’histoire et n’est pas trop dérangeant.

Au bilan, ce film est intelligent et ravira certainement les cinéphiles. En reprenant l’histoire d’un des romans les plus connus du XXème siècle, Walter Salles s’est assuré d’obtenir un scénario de qualité. Néanmoins, on regrettera une seule chose : avoir négligé certains personnages secondaires au profit d’une narration plus axée sur le personnage étriqué qu’est Dean Moriarty. En outre, le film est assez long, ce qui aura tendance à lasser les plus impatients. Mais ne vous y trompez pas, Sur la route est un film de qualité.

Matthieu Matthys