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Cinéma « This Must Be The Place », le road movie d’un grand Sean Penn

Publié par Matthieu Matthys, le 19 mars 2012

De part le monde, une chose est certaine, Sean Penn est un grand acteur. Semblant choisir un script de qualité plutôt qu’un cachet démesuré, l’acteur californien s’est forgé une réputation en incarnant des rôles souvent torturés et toujours uniques.

C’est pour cette faculté d’adaptation et ce talent hors normes que le réalisateur Paolo Sorrentino souhaitait travailler avec l’américain. Un choix d’excellence pour un film très travaillé.

This must be the place est la nouvelle réalisation de Paolo Sorrentino. Le cinéaste italien a choisi de quitter sa terre natale pour les faubourgs de Dublin et ses quartiers marqués par l’histoire morose de l’île du trèfle à trois feuilles. Ce cadre pluvieux nous plonge les deux pieds en avant dans la vie de Cheyenne (Sean Penn). Cette ancienne icône du rock gothique vît de ses rentes dans un petit palais aussi grand que froid. Vivant tel un fantôme au milieu du monde qui l’entoure, les plaisirs semblent avoir laissé la place à la lassitude et à la monotonie. Cette mise en situation résonne fortement dans l’esprit du spectateur. Cet homme torturé et ravagé par une vie qui lui apporta tout le paraître nécessaire, renferme, au fond de lui, un conflit émotionnel où s’entremêlent le manque de repères face à une scission familiale prématurée et une culpabilité omniprésente d’avoir enlevé la vie à un jeune homme qui écoutait jadis sa musique. Cette ambiance volontairement incommodante donne le rythme d’un road movie qui sera, pour Cheyenne, un véritable chemin de rédemption.

De fait, notre homme apprend que son père est récemment décédé de l’autre côté de l’Atlantique. Lui rendant une dernière visite mortuaire, il se surprend à continuer une quête que son père avait commencée depuis quelques temps, retrouver un soldat nazi l’ayant offensé lorsqu’il était à Auschwitz. Cette tournure scénaristique pourrait en surprendre quelques-uns car, il faut bien l’admettre, notre protagoniste est l’anti-héros par excellence. Un choix antagoniste voulu pour casser les codes et l’image du traqueur. Le réalisateur s’en défend d’ailleurs lui-même : « Nous avons choisi l’antithèse du chasseur, la rock star. {…} La juxtaposition entre, en toile de fond, la tragédie des tragédies, et l’univers diamétralement opposé de la pop music, par définition futile et vain, me semblait être une combinaison suffisamment intrigante pour créer une histoire intéressante». Ce point de vue est tout aussi surprenant que le choix lui-même. Et pour cause, le réalisateur semble vouloir briser les codes, choquer, ironiser, symboliser, bref déranger. Déranger le spectateur dans sa paresse visuelle, l’obliger à se tordre l’esprit et à accepter également un rythme lent dans une atmosphère pesante. Ce manque de rythme et ces scènes qui se terminent quelques fois en cul-de-sac sont certainement les seuls défauts que l’on peut réellement coller à cette production. En voulant nous montrer tous les instants de doutes, de déchirements, de réflexions, Paolo Sorentino nous a forcé à nous imprégner du personnage central. Une astreinte contextuelle indispensable pour donner de l’empathie à un individu qui ne laisse rien transparaitre.

Côté casting, Sean Penn était une évidence. De fait, il fallait un acteur confirmé pouvant exprimer sur son faciès l’histoire d’une vie sinueuse. En plus de cette prouesse, l’acteur a réussi à donner de l’ironie à son personnage. Un humour unique qui ne semble atteindre que le protagoniste lui-même. Une chose est en tout cas certaine, ce film vaut le détour rien que pour l’interprétation cinq étoiles de Sean. Pour lui servir de partenaire, Kerry Condon fût le choix idéal. L’irlandaise se fond parfaitement dans son personnage à la personnalité complexe et effacée. Une prestation remarquable même si elle est potentiellement ombragée par celle de son alter ego masculin, bien plus expérimenté et charismatique qu’elle. Bref, les comédiens choisis par Paolo Sorrentino ont su insuffler, chacun à leur manière, une énergie dramaturgique qui sera la clé de voûte d’une histoire fort linéaire et peu rythmée.

En résumé, ce long métrage est une toile savamment orchestrée. Même si l’histoire s’embourbe à certains instants, elle suscite notre curiosité émotionnelle et intellectuelle. De plus, le cinéphile se délectera de la présence d’un grand Sean Penn.

Matthieu Matthys