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Cinéma Trio de films (Intouchables, L’exercice de l’Etat, Drive)

Publié par Elodie Kempenaer, le 11 novembre 2011

Après une semaine sans mettre un pied dans les salles obscures, le temps du marathon ciné était venu.

Me voici donc partie pour le premier film, Intouchables d’Eric Toledano et Olivier Nakache

Il me tardait de voir ce film encensé par la critique. Porté par François Cluzet et Omar Sy (le Omar de Omar et Fred), le film promettait un jeu d’acteur étonnant.
C’est exactement ce qu’il en ressort de cette 1h52 de film.
Non content de ne nous offrir un jeu drôle, sensible et tenant la route de bout en bout sans fioritures guimauviennes, l’histoire est belle et splendidement racontée.

Rarement je ris autant au cinéma, rarement je pleure de rire. Le rire de Driss (Omar) est communicatif, là où les situations m’auraient peut être lassées, son rire franc n’a fait qu’amplifier le comique. Chacun sera sensible différemment à ces instants de totale désinvolture face à aux souffrances qu’endure Philippe.
Parlons en de Philippe tient.

François  Cluzet est ce qu’on appelle sans conteste un bon acteur, on ne peut plus lui reprocher les fautes de subtilité du petit jeune qui débarque. Encore une fois, son jeu est beau. Privé d’expression corporelle du à l’handicape de son personnage (tétraplégie), il est bien obligé de faire passer la moindre parcelle de sentiment par le visage. Tout passe sans larmoyant, sans pathos à faire vomir un bisounours. C’est aussi en grande partie grâce au rôle lui-même, personnage n’étant autre qu’une personne de chair et de sang, une personne qui a vécu le tout sans devoir passé par la case Actor’s Studio.

Tiré d’une histoire vraie (celle de Philippe Pozzo di Borgo et d’Abdel Yasmin Sellou, je vous laisse le plaisir ou non d’aller vous renseigner seul comme des grands) déjà forte, il fallait tirer le meilleur sans dénaturer et trahir cette relation hors du commun.

Intouchables m’a plu par le rire qui porte le drame, par le drame qui se suffit à lui-même et ne demande pas l’aide de tournures scénaristiques tarabiscotées, par l’amitié sincère qui se fout royalement de l’habit qui ne fait définitivement pas le moine, par une justesse implacable dans l’évolution des protagonistes, par un happy-end qui une fois n’est pas coutume ne m’a pas fait pousser des soupirs de déception.
Et pour clore le tout, pour vous faire comprendre à quel point ce film vaut les tonnes de fleurs qu’on lance sur son passage, encore plus rare que le fait qu’un happy-en me plaise, la salle a applaudit. Et même si je trouve cela tout à fait idiot, ce n’est pas négligeable. Alors filez vous faire toucher la corde sensible par Intouchables.

Un film ne me suffit pas, je m’en vais retirer un autre ticket, beaucoup au hasard et par dépit, je choisis d’aller voir L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller.

J’y vais en total touriste, je n’ai vu ni la bande-annonce, ni entendu quoique ce soit le concernant mais bon, mon abonnement UGC me permet ce genre d’aventure à l’aveugle.

Et voilà ce qui en ressort, un bon gros mal de tête et un sentiment immense d’être une inculte en politique. Et merde (excusez moi cette vulgarité) moi qui n’ai généralement pas de mal à me faire ma petite critique de derrière les fagots me voici bête comme chou à ne savoir que dire sur ce film.

C’est un film très puissant avec un casting aux petits oignons, des petits oignons marinés dans le talent. Olivier Gourmet, c’est lui qui ressort, c’est de lui dont on parle le plus dans son rôle de Bertrand Saint-Jean ministre des Transports. Et sans l’avoir connu avant, c’est sûre, il explose l’écran par sa prestation. Un peu comme Cluzet, il porte le film car toute l’histoire tourne autour de lui, chaque événement se propage à partir de lui, des ses décisions, comme une toile.

L’Exercice de l’Etat transperce la carapace de ces hommes de pouvoir entièrement voués à cet Etat qui les mine de l’intérieur, qui les prive d’une vie de famille saine, qui les nécrose au fur et à mesure l’air de rien.
L’urgence est le maître mot, l’homme d’Etat se fait bousculer, violenter par le temps qui passe sans pouvoir se poser, en devant sans cesse être sur le qui vive.

Le fond égale la forme. La photographie est léchée, la lumière maîtrisée et adéquate, les mouvements de caméra surprenants et plaisants, l’intrigue réellement intrigante, les acteurs à l’aise dans leurs petits souliers d’homme de pouvoir en perdition. Exercice de style pour exercice d’Etat. Oublions la politique pure et dure et profitons de ce film brillamment intelligent sur le pouvoir et l’humain.

Bon, j’en arrive au film que j’attendais, Drive de Nicolas Winding Refn.

Tout comme Intouchables, il est  encensé par la critique et obtient de merveilleuses notes sur moult sites, bref, il déchire tout. Il me fallait donc me faire mon propre avis.
Soyons clair et honnête, ce n’est pas le réalisateur, l’histoire, le livre dont il est tiré ou autre qui m’a donné envie de le voir, c’est purement et hormonalement la présence de Ryan Gosling. Alors bon, pour le coup, mes attentes se réduisant à le voir lui dans son pantalon moulant, entendre sa voix et le voir jouer au jeu de la séduction avec Carey Mulligan (Irène), je ne pouvais pas vraiment être déçue. Quoique, tenir une heure et plus sur ce genre d’attente, ce n’est pas facile, il est impératif que le film apporte un peu plus. Sinon, j’aurais très bien pu me trouver une vidéo de fan hystérique sur ton tube avec vingt mille photos de Ryan torse nu, Ryan embrassant telle, Ryan faisant les yeux doux à la caméra.

Heureusement, le film vaut le coup pour trois points.

Le premier pour la bande-son. Elle est tout autant actrice que le jeune mécanicien virtuose du volant offrant ses dons à n’importe quels mafieux, petites frappes, cambrioleurs soucieux de se tirer sans peine des griffes de la police, elle en dit beaucoup. Elle parle à la place du personnage, nous faisant connaître ses états d’âmes.

Le deuxième pour la mise en scène qui rattrape une histoire somme toute banale de magouille entre petits délinquants, d’argent et de sang. Le rythme prend son temps, il s’installe, il installe aussi les personnages et leurs liens pour qu’à la fin, rien ne sorte de nulle part, pour qu’aucune action n’arrive comme un Deus ex Machina simplement pour faire avancer l’histoire. Il prend son temps puis soudain on se prend une gerbe de sang en plein visage, le rythme se prend un coup de booste et tout le monde s’anime. C’est ce qui fait le charme de cette mise en scène, elle fait écho aux personnages et vis versa. Et une photographie que j’ai trouvée tout aussi léchée que celle de L’exercice de l’Etat. N’oublions pas la jolie fin pleine d’un beau et fort message avec une magnifique scène de clôture.

Je comprends mieux maintenant pourquoi Cannes l’a récompensé pour sa mise en scène.

Le troisième et dernier point pour ce personnage sans nom, pour cette veste doudoune argentée disco et son scorpion jaune façon coussin de grand-mère, pour les longs focus sur son visage, pour ses profondeurs insoupçonnées, pour ses goûts musicaux, pour son héroïsme contenu et enfin pour cette phrase –

« If I drive for you, you give me a time and a place. I give you a five-minute window, anything happens in that five minutes and I’m yours no matter what. I don’t sit in while you’re running it down; I don’t carry a gun… I drive. »

Elodie Kempenaer