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Un drame intelligent sublimé par un talentueux Emile Berling

Publié par Matthieu Matthys, le 14 août 2012

Louis, 16 ans est le fils du proviseur de son lycée. Son meilleur ami, Greg, est sous la menace d’un renvoi définitif après avoir agressé Camille , sa jeune prof d’anglais.
Pour se venger, il décide de la kidnapper. Louis devient complice en fournissant les clés d’un cabanon de famille isolé sur un ilot, dans les marais. Ligotée, humiliée, Camille est emprisonnée. Ils doivent la libérer le lendemain matin, mais Greg ne vient pas au rendez-vous…

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Safy Nebbou est ce que l’on appelle un interprète avant d’être un réalisateur. Loin d’être un polyglotte chevronné, il est avant tout un interprète de la psychologie humaine et sociale. De la recherche des origines dans « Le cou de la girafe » à la recherche d’un enfant que l’on croyait perdu dans L’empreinte de l’ange, Safy Nebbou a exploré les différentes fractures de l’homme et sa fragilité face au monde qui l’entoure. « Comme un homme » n’échappe pas à la règle et nous propose même de vivre intensément deux histoires dans une seule : la mort d’une mère et la recherche identitaire d’un jeune homme de bonne famille.

Pour créer cette histoire, le réalisateur basque s’est inspiré du roman « L’âge bête » de Boileau-Narcejac où une mauvaise idée de deux adolescents vire au cauchemar. Même si la fidélité au roman n’est pas complète, le fond de l’histoire et son déroulement sont plus ou moins restés intacts. De fait, le réalisateur n’a pas voulu dénaturer l’oeuvre et encore moins en aggraver les situations. Il a plutôt choisi de la mettre au goût du jour et surtout, de lui donner un visage plus humain. Et pour cause, la force de ce film réside dans la manière de présenter les évènements, parfois horribles, qui se déroulent sous nos yeux. Sans grand tabou mais réalisé avec pudeur, ce long métrage est un drame psychologique très bien ficelé et drôlement bien scénarisé.

L’histoire nous fait suivre Louis, un adolescent très ordinaire dont la fragilité intérieure est pourtant énorme. Ayant perdu sa mère dans un accident de voiture et souffrant du syndrome de la culpabilité du vivant, ce jeune homme ère dans sa vie à la recherche de sa propre existence qui lui permettrait de panser ses blessures psychologiques et de se situer face à son père avec qui il ne partage pas cette douleur. Cette échappatoire, il la trouve dans son amitié avec Greg, un ami bien plus turbulent que lui qu’il va aider afin d’enlever la prof d’anglais qui est à l’origine de son licenciement scolaire. Cette lente descente aux enfers va devenir un véritable chemin de croix pour Louis.
Cette histoire est excellente car elle nous parle. Pourquoi nous parle-t-elle ? Car, il ne se passe pas une semaine aujourd’hui dans les pays occidentaux sans qu’une agression d’un élève sur un enseignant ne vienne compléter la rubrique judiciaire des quotidiens nationaux. Cette violence, parfois physique mais souvent gratuite, est le symbole d’une jeunesse en recherche d’identité et d’une jeunesse exposée peut-être trop tôt aux dérives de la société contemporaine. Etait-ce mieux avant ? Probablement non, vous aurait répondu de manière franche Pierre Boileau. Etait-ce plus rare ? Certainement. Mais à ce questionnement à la fois philosophique et institutionnel, ce film n’y répond pas et ne souhaite pas y apporter une explication. Au contraire, et c’est là toute sa force, il nous raconte une histoire d’une authenticité certaine avec recul et objectivité. Cette objectivité se traduit par notre regard que l’on porte sur les actes et les personnes qui constituent l’ossature du récit. En aucun cas, Safy Nebbou n’a voulu se substituer au libre arbitre du spectateur et nous laisse le loisir de fustiger, de dénigrer, d’insulter ou, à contrario, de compatir avec les personnages.

Pour incarner les quelques personnages de ce nouveau film, Safy Nebbou a fait tout d’abord appel à un duo père-fils bien rôdé : Charles et Emile Berling. Emile, qui incarne Louis, est l’acteur clé du film devant, par la même occasion, passer devant son propre père, bien plus expérimenté que lui. Ce jeune acteur n’est pas un novice dans le paysage cinématographique hexagonal. En effet, son premier film, Les hauts murs, lui avait déjà permis d’incarner le rôle principal et le suivant, L’heure d’été, lui avait octroyé la chance de jouer aux côtés de son père. Dans Comme un homme, Emile Berling crève l’écran malgré un personnage pourtant effacé. Doté d’une palette émotionnelle semblant sans limite, il arrive à nous faire passer ses émotions sans laisser filer une seule phrase. Cet homme d’une vingtaine d’années démontre ici que son talent pourrait dépasser son père et que sa carrière pourrait suivre une ligne ascendante. À ses cotés, on retrouve Charles qui est beaucoup moins étranger aux cinéphiles et qui livre une excellente prestation à l’instar de son fils. Toujours juste, totalement en phase avec son rôle de père perdu mais responsable, il donne la réplique à son fils de manière intelligente, sobre et efficace. Enfin, il faut également parler de celle qui interprète la prisonnière du récit, Sarah Stern. Victime directe du déchainement aveugle des deux amis, la professeur qu’elle joue est très banale. Cette banalité donne encore plus de relief à ce personnage car le spectateur voit dans cette platitude une proximité émotionnelle qui suscite l’empathie immédiate. Cette empathie, Sarah Stern a su nous l’insuffler mais, toutefois, elle balance trop vite entre la peur, la colère et la compassion. Cet enchainement émotionnel trop rapide est le seul point négatif à signaler dans le jeu des acteurs mais il est primordial car cela donne un côté intemporel à l’histoire. On ne peut effectivement pas avoir peur de son ravisseur le premier jour, l’aimer le deuxième et le haïr le troisième. Même si l’on comprend le désarroi de son personnage, on butte quelque peu sur cette incohérence.

En résumé, ce drame est un film intelligent, touchant mais surtout humain. Grâce à une objectivité judicieuse, Safy Nebbou réussit le pari de nous offrir un long métrage de qualité aidé par une histoire tangible et captivante. De plus, on est épaté par le talent d’Emile Berling qui joue ici comme un grand acteur, comme un homme.