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Cinéma Une soirée polonaise au Brussels Film Festival

Publié par Loïc Smars, le 11 juin 2012

Spécial Brussels Film Festival 2012

« Dzień dobry »: en ce dimanche 10 juin 2012 au Brussels Film Festival, la part belle est faite à la Pologne, avec une soirée polonaise comprenant deux films considérés comme les deux grandes réussites de l’année, ainsi qu’un apéritif offert. Les spectateurs qui parlent tous polonais, les cabanos (saucisses sèches polonaises) et les paysages audio-visuels polonais, me feront en permanence revenir en mémoire, mes séjours en Pologne.


Le premier film de la soirée (il n’a pas été repris en compétition), est Courage de Greg Zglinski, connu par chez nous, essentiellement pour la production suisse Tout un hiver sans feu. Courage raconte l’histoire de deux frères (Alfred et Jerzy), qui, déjà absorbés par une vie qui ne les a pas gâté (mort de la femme, père malade, conflit professionnel, difficulté de couple, etc.), vont se retrouver au milieu d’une aggression dans un train. Jerzy va s’interposer, Alfred va rester tétanisé de frayeur. L’un va être jeté du train, l’autre va tout faire pour cacher sa lâcheté à son entourage.

Alfred et Jerzy

Il faut, quand on est critique, être aussi honnête avec soi-même. Je serai donc très honnête, à part mon amour récent pour la Pologne, rien dans le résumé ne me donnait l’envie d’aller voir ce film. Mais finalement, ce qui au départ semble être un pitch trop simple, se révèle être une réflexion efficace et surtout un film excellemment maîtrisé par son réalisateur qui nous fait entrer totalement dans l’ambiance et la trame de son film.

L’interprétation des acteurs, souvent méconnus par chez nous, est très intense et crédible, ce qui ajoute de la classe au film. Tandis que la réflexion sur la lâcheté est pertinente, on s’identifie très (ou trop ?) facilement à Alfred, le frère survivant. Beaucoup comprendront son geste, sa tristesse ou sa manière d’agir par la suite pour rattraper son erreur ou faire taire sa culpabilité. Et cerise sur le gâteau, Zglinski, finit son oeuvre brutalement, sans se laisser aller à l’happy end ou au mélo convenu généralement dans ce genre de situation.

Entre les deux films, une heure de pause est proposée, mais surtout, un apéritif (ou drink, ou cocktail dinatoire, ou etc.) est proposé. Petits morceaux de cabanos, fromages ou olives sont offerts. Malheureusement, pas la boisson qui pourrait l’accompagner (qui a dit vodka ?). Beaucoup d’efforts ont été entrepris pour faire de cette soirée autre chose qu’une simple séance ciné. Des efforts, je l’espère, peuvent encore être fournis pour rendre inoubliable ce style d’évènement.


N’oublions pas pour autant notre deuxième partie de soirée. Présentée par le réalisateur Wojciech Smarzowski lui-même et ses deux acteurs principaux, nous avons droit, cette fois, à Rosa, drame historique sur les habitants déracinés de la Mazurie, ni allemands, ni polonais, ils seront généralement rejetés des deux côtés. Basé sur des faits véridiques, nous suivons le parcours en Mazurie de Tadeusz, ancien soldat de l’armée polonaise tentant de se faire oublier et de reprendre une vie normale. Il va pour cela aider Roza, veuve d’un soldat allemand, brisée par les années de luttes et les viols incessants de l’armée allemande ou de l’armée russe.

Tadeusz et Roza

Autre film multi-primé et très coté en Pologne, Roza, est un film historique post-seconde guerre mondiale. Le film parle d’une époque lointaine mais qui reste malgré tout fort actuelle, les minorités allemandes de Mazurie ou de Silésie, étant toujours à la recherche d’une identité. De plus, le film s’interroge également sur la guerre et ses conséquences, sur l’atrocité des russes et des polonais sur une population qu’ils considèrent pro-allemande, sur les moyens utilisés pour se venger ou se défendre. La figure de Tadeusz, ancien soldat sachant manier armes et mines, est très conflictuelle. Ancien soldat cherchant le repos, il n’hésite pas à prendre les armes pour se défendre ou réussir sa vie.

Smarzowski, en plus de son message fort, doit aussi la réussite et la qualité de son film, à un scénario et une technique au point. La reconstitution historique de la période d’après-guerre est fidèle et réaliste. L’histoire et l’interprétation des acteurs sont très réussies. Quelques légers défauts sont à relever, Smarzowski, voulant parfois en faire trop dans l’exposition de scènes dérangeantes (les viols à répétitions par exemple).

Roza, est une réussite au niveau de son message et de sa qualité technique. Seules quelques images de trop pour appuyer son propos, empêche Smarzowski de rendre la copie parfaite.

Loïc Smars