El Gran Dragon de Gildas Nivet et Tristan Guerlotté

Publié par , le 1 mars 2014

EL+GRAN+DRAGON

Critique :

C’est un témoignage touchant. Au-delà du film, c’est la parole donnée à tout un peuple qui, présent depuis des siècles dans la forêt vierge, voit aujourd’hui son avenir incertain et sa culture menacée. Ce sont des guérisseurs, des chamans, des amazoniens. Leur rapport vis-à-vis de la nature est total. Les plantes, les arbres et les animaux sont les composants essentiels de leur culture, d’une identité intense, forgée et préservée depuis des générations.

La médecine par les plantes, voilà le lien. C’est ici que repose la connexion entre les hommes et la forêt. C’est le savoir d’un peuple. Le savoir du monde et de toute chose diront les natifs. Les personnages nous racontent ces plantes qui libèrent les émotions, ces patients qui marchent seuls vers leur guérison, guidés par le chaman, représentant la figure sociale centrale – articulant plantes et médecine.

L’ayahuasca, la plante maîtresse, est la liane du serpent. Elle guéri l’âme. Elle est la mémoire de la forêt. Préparée selon un procédé précis et utilisée durant des cérémonies médicales, elle marque la base de la psychothérapie par la nature. Ils disent que les végétaux, comme les livres, sont la mémoire collective, que leur ADN est millénaire.

On reprend le bateau. Il est temps d’avancer, toujours le long du fleuve, sur la queue du dragon. Un combat s’ébauche, une lutte pour la perpétuité d’un mode de vie dans une période de changement. L’identité s’affaiblie au rythme des arbres qui chutent en silence. L’histoire a toujours opposé les gringos aux natifs d’Amérique. Il fut un temps où c’était les Espagnols. Ils accusèrent les chamans de sorcellerie car le christianisme ne pouvait pas reconnaître ces croyances païennes. Pas plus que le capitalisme aujourd’hui.

Le fleuve devient lieu de transit. On y transporte le bois. Les richesses quittent la forêt tout comme les animaux. C’est l’Etat du Pérou qui se retrouve alors confronté à un dilemme. C’est cette même question qui se duplique chroniquement à travers le monde et qui pose un problème substantiel aujourd’hui, a savoir : doit-on préserver une nature vierge de toute action humaine – pour la postérité – par le jeu des politiques et permettre la pérennité d’un mode de vie et un savoir vieux de 20 000 ans, ou bien doit-t-on systématiquement exploiter pétrole et gaz qui sommeillent tranquillement dans les sols – par le biais du commerce – au nom de la croissance et du développement ?

critique de Nicolas Melan 

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